Prix du gaz en 2026 : pourquoi la fin du conflit en Ukraine ne signifie pas un retour aux prix de 2019

Depuis plusieurs mois, les discussions autour d'un éventuel apaisement du conflit entre la Russie et l'Ukraine alimentent de nombreuses interrogations sur l'avenir des marchés de l'énergie.
Parmi les idées les plus répandues figure celle d'un retour des prix du gaz aux niveaux observés avant la crise énergétique européenne. Pourtant, même dans l'hypothèse d'une normalisation géopolitique progressive, les fondamentaux du marché ont profondément évolué depuis 2019.
La fin du conflit pourrait contribuer à réduire certaines tensions. En revanche, elle ne suffira probablement pas à ramener durablement les prix aux niveaux historiques observés avant 2021.
Un marché européen totalement transformé
Avant la crise énergétique, l'Europe importait environ 40 % de son gaz naturel depuis la Russie.
Une grande partie de ces volumes arrivait par gazoducs, via des infrastructures déjà amorties depuis plusieurs décennies. Ce modèle permettait à l'Europe de bénéficier d'un approvisionnement relativement compétitif et prévisible.
Depuis 2022, la situation a radicalement changé.
Les flux russes vers l'Europe ont fortement diminué et ont été remplacés par des importations massives de gaz naturel liquéfié (GNL), principalement en provenance des États-Unis, du Qatar et d'autres producteurs mondiaux.
Or, le GNL présente une structure de coût différente :
- liquéfaction du gaz ;
- transport maritime ;
- regazéification ;
- coûts logistiques supplémentaires ;
- exposition accrue au marché mondial.
Même en cas de détente géopolitique, ces infrastructures continueront à jouer un rôle majeur dans l'approvisionnement européen.
La concurrence mondiale n'existait pas dans les mêmes proportions en 2019
L'un des principaux changements intervenus depuis la crise concerne l'internationalisation du marché européen.
En 2019, le marché gazier européen dépendait largement de contrats de long terme et d'infrastructures régionales.
Aujourd'hui, l'Europe se retrouve en concurrence directe avec l'Asie pour l'achat des cargaisons de GNL disponibles.
Lorsque la Chine, le Japon ou la Corée du Sud augmentent leur demande, les prix européens réagissent immédiatement.
Cette nouvelle réalité crée un plancher de prix plus élevé que celui observé avant la crise.
Le marché européen n'est plus uniquement influencé par les conditions météorologiques ou la consommation industrielle locale. Il dépend désormais de l'équilibre mondial entre offre et demande.
Le retour du gaz russe ne serait pas immédiat
Même dans l'hypothèse d'un accord politique durable entre la Russie et l'Ukraine, rien ne garantit un retour rapide des volumes historiques.
Plusieurs infrastructures ont été arrêtées, endommagées ou ne sont plus utilisées.
De nombreux acheteurs européens ont également diversifié leurs approvisionnements afin de réduire leur dépendance à une seule origine.
Enfin, les considérations géopolitiques et réglementaires pourraient continuer à limiter les échanges pendant plusieurs années.
Autrement dit, la fin du conflit ne signifie pas automatiquement le retour des conditions d'approvisionnement qui prévalaient avant 2022.
Les coûts du système énergétique ont augmenté
Depuis plusieurs années, l'Europe investit massivement dans :
- les terminaux méthaniers ;
- les infrastructures de transport ;
- les capacités de stockage ;
- la transition énergétique ;
- la sécurisation des approvisionnements.
Ces investissements renforcent la résilience du système énergétique européen, mais ils représentent également des coûts qui n'existaient pas ou peu auparavant.
Le consommateur final bénéficie d'une meilleure sécurité d'approvisionnement, mais cette sécurité a un prix.
Quel niveau de prix peut-on raisonnablement attendre ?
La question n'est pas tant de savoir si les prix peuvent ponctuellement retrouver les niveaux de 2019.
Cela reste possible lors de certaines périodes de faible demande ou de forte disponibilité de GNL.
La véritable question est celle du prix moyen à long terme.
Avant la crise énergétique, le marché européen évoluait régulièrement entre 10 et 20 €/MWh.
Aujourd'hui, les produits à terme pour les années futures se négocient généralement à des niveaux significativement supérieurs.
Les acteurs du marché considèrent désormais qu'un équilibre durable se situe davantage entre 25 et 40 €/MWh, selon les conditions d'approvisionnement et la demande mondiale.
Ce niveau reste très inférieur aux sommets observés en 2022, mais sensiblement supérieur à la norme historique de la décennie précédente.
Quelles conséquences pour les entreprises ?
Pour les consommateurs professionnels, cette évolution implique un changement de perspective.
Pendant longtemps, le gaz à 15 €/MWh était considéré comme une situation normale.
Aujourd'hui, il est plus pertinent de considérer que les prix observés avant la crise constituent probablement une exception historique plutôt qu'une référence pour l'avenir.
La question n'est donc plus de savoir si le marché reviendra exactement à son niveau de 2019, mais comment construire une stratégie d'achat adaptée à ce nouvel environnement.
Les entreprises qui raisonnent encore avec les repères de prix d'avant-crise risquent de retarder certaines décisions ou de fixer des objectifs budgétaires devenus irréalistes.
À l'inverse, celles qui intègrent les nouveaux fondamentaux du marché disposent d'une vision plus cohérente pour piloter leurs achats énergétiques à moyen et long terme.
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